Lorsqu’un héritage comprend un bien démembré, la question du paiement des droits de succession mérite une attention particulière. En présence d’un usufruit, il faut savoir qui supporte la charge fiscale entre l’usufruitier et le nu-propriétaire.

Ce mécanisme, souvent méconnu, obéit à des règles précises fixées par le Code civil et le Code général des impôts.

La distinction entre usufruit et nue-propriété

Le démembrement de propriété consiste à séparer les attributs du droit de propriété entre deux personnes :

  • l’usufruitier, qui détient le droit d’utiliser le bien et d’en percevoir les revenus (usus et fructus) ;
  • le nu-propriétaire, qui conserve le droit d’en disposer librement (abusus).

L’article 578 du Code civil définit l’usufruit comme le droit de jouir d’un bien appartenant à autrui, à condition d’en préserver la substance.

Concrètement, l’usufruitier peut occuper le logement ou percevoir les loyers, tandis que le nu-propriétaire en détient le capital.

Ce partage des droits patrimoniaux entraîne naturellement une répartition spécifique des obligations fiscales lors du règlement de la succession.

Qui paie les droits de succession en cas d’usufruit ?

Dans la plupart des cas, c’est le nu-propriétaire qui est redevable des droits de succession. Il les acquitte sur la valeur correspondant à sa part, appelée valeur de la nue-propriété.

L’usufruitier, de son côté, n’est généralement pas imposé sur la valeur de son usufruit, sauf exceptions prévues par la loi.

Lorsque l’usufruitier est le conjoint survivant ou le partenaire de PACS, il bénéficie d’une exonération totale des droits de succession sur la valeur de son usufruit (article 763 du Code général des impôts). Cette disposition vise à protéger le conjoint survivant, en lui permettant de continuer à jouir du bien sans charge fiscale immédiate.

Les héritiers en nue-propriété (souvent les enfants) doivent quant à eux s’acquitter des droits de succession sur la valeur de la nue-propriété, calculée selon un barème fiscal déterminé par l’âge de l’usufruitier.

Comment évaluer la valeur de l’usufruit et de la nue-propriété

Le calcul de la valeur respective de l’usufruit et de la nue-propriété est défini par l’article 669 du Code général des impôts. Il repose sur un principe simple : plus l’usufruitier est âgé, plus la valeur fiscale de son usufruit diminue.

Âge de l’usufruitier Valeur de l’usufruit Valeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans 90 % 10 %
De 21 à 30 ans 80 % 20 %
De 31 à 40 ans 70 % 30 %
De 41 à 50 ans 60 % 40 %
De 51 à 60 ans 50 % 50 %
De 61 à 70 ans 40 % 60 %
De 71 à 80 ans 30 % 70 %
De 81 à 90 ans 20 % 80 %
À partir de 91 ans 10 % 90 %

Ce barème permet à l’administration fiscale de déterminer la base imposable sur laquelle seront calculés les droits dus par les nus-propriétaires.

Exemple pratique de calcul des droits de succession en cas d’usufruit

Imaginons une succession comprenant un appartement d’une valeur de 800 000 €.
Le défunt laisse son conjoint survivant en usufruitier et ses deux enfants en nus-propriétaires. L’usufruitier a 65 ans au moment du décès.

D’après le barème fiscal, la valeur de l’usufruit est de 40 %, et celle de la nue-propriété de 60 %.

  • Valeur de l’usufruit : 800 000 € × 40 % = 320 000 €
  • Valeur de la nue-propriété : 800 000 € × 60 % = 480 000 €

Dans ce cas :

  • Le conjoint survivant ne paie aucun droit de succession sur son usufruit (exonération prévue à l’article 763 du CGI).
  • Les enfants, nus-propriétaires, devront s’acquitter des droits de succession calculés sur 480 000 €, après application de leurs abattements personnels et selon le barème progressif applicable entre parents et enfants.

Cet exemple illustre comment la valeur du bien est ventilée entre les héritiers en fonction du démembrement.

Les abattements et taux selon le lien de parenté

Le montant des droits dus dépend non seulement de la valeur de la nue-propriété, mais aussi du lien de parenté entre le défunt et les héritiers.

Après application de l’abattement fiscal, les taux progressifs s’appliquent sur la part nette taxable.

Lien de parenté Abattement applicable Taux d’imposition
Époux ou partenaire pacsé Exonération totale 0 %
Enfants et ascendants 100 000 € De 5 % à 45 % selon la valeur de la part
Frères et sœurs 15 932 € 35 % ou 45 % selon la valeur
Neveux et nièces 7 967 € 55 % (ou 35 % en cas de représentation)
Parents au-delà du 4ᵉ degré et non-parents 1 594 € 60 %

Ces dispositions visent à assurer une progressivité de la fiscalité successorale, tout en tenant compte du lien familial et de la situation économique de l’héritier.

L’extinction de l’usufruit et ses effets fiscaux

À la disparition de l’usufruitier, son usufruit s’éteint de plein droit, et le nu-propriétaire recouvre la pleine propriété du bien. Cette réunion des droits ne donne lieu à aucun droit supplémentaire de succession.

L’opération n’est pas considérée comme une transmission nouvelle, mais comme l’effet naturel du démembrement initial.

Il s’agit donc d’un avantage fiscal important : le nu-propriétaire devient pleinement propriétaire sans impôt complémentaire.

En synthèse : qui paie les droits de succession en cas d’usufruit ?

En matière successorale, les droits de succession en cas d’usufruit sur un bien immobilier sont, dans la grande majorité des cas, supportés par le nu-propriétaire.

Le conjoint survivant usufruitier bénéficie, lui, d’une exonération totale.
Le calcul des droits repose sur une évaluation proportionnelle à l’âge de l’usufruitier, selon le barème de l’article 669 du Code général des impôts.

Cette répartition permet de garantir un équilibre entre la protection du conjoint survivant et la préservation des droits des héritiers nus-propriétaires. La compréhension de ces mécanismes demeure essentielle pour anticiper les conséquences fiscales d’une succession et sécuriser la transmission du patrimoine.

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